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Théâtre
THEATRE
Par Sabato Magaldi
Le théâtre est introduit par les jésuites au Brésil, lorsqu'ils s'occupent de la catéchisation des indigènes au catholicisme, et de la répression aux habitudes condamnables des colonisateurs portugais. Le prêtre José de Anchieta (1534-1597), dans une dizaine de pièces inspirées de la dramaturgie religieuse médiévale, et surtout de Gil Vicente, se montre très fort à cette tâche plus religieuse qu'artistique.
Sans continuité, cette production n'a pas été reprise par une autre qui laissât d'autre trace, dans les XVIIème et XVIIIème siècles, que quelques documents. On sait que des « maisons de l'opéra » surgissent pendant le XVIIIème à Rio de Janeiro, Vila Rica, Diamantina, Recife, São Paulo, Porto Alegre et Salvador, ce qui démontre l'existence d'une activité scénique régulière. La salle de spectacles de Vila Rica (appelée aujourd'hui Ouro Preto) est la pus ancienne d'Amérique du Sud. On parle du prêtre Ventura comme du premier brésilien à se dédier à la scène, à Rio de Janeiro, avec une troupe de mulâtres.
Le transfert de la cour portugaise à Rio de Janeiro, en 1808, a indéniablement fait progresser le théâtre, progrès renforcé par l'Indépendance, en 1822, à laquelle le romantisme, à nuance nationaliste, s'est rallié. J'acteur João Caetano (1808-1863) forme, en 1833, une compagnie brésilienne, avec le but d' « en finir avec la dépendance d'acteurs étrangers pour notre théâtre ». Son nom est lié à deux événements fondamentaux de l'histoire de la dramaturgie nationale : la première, le 13 mars 1838, de Antônio José ou O Poeta e a Inquisição, « la première tragédie écrite par un brésilien, et la seule à thème national », dont l'auteur est Gonçalves de Magalhães (1811-1882) ; et, le 4 octobre de la même année, sort O Juiz de Paz na Roça, dans laquelle Martins Pena (1815-1848) donne le coup de départ à l'exploitation de la richesse de la comédie de mœurs, le genre le plus caractéristique de notre tradition théâtrale.
Leonor de Mendonça, de Gonçalves Dias (1823-1864), se distingue comme le meilleur drame romantique brésilien. La trame, qui peut évoquer Othello, est en fait un manifeste féministe avant l'heure. Et la comédie de mœurs imprime sa marque sur les écoles successives, du romantisme et même du symbolisme, en passant par le réalisme et par le naturalisme. Adhèrent à cette tendance les pièces les plus expressives de Joaquim Manoel de Macedo (1820-1882), José de Alencar (1829-1877), Machado de Assis (1839-1908), França Junior (1838-1890) et Artur Azevedo (1855-1908), avec les farces A Capital Federal et O Mambembe. Corpo-Santo (1829-1889) échappe aux schémas d'avant, étant un précurseur du théâtre de l'absurde et du surréalisme.
La Semaine d'Art Moderne de 1922, emblème de la modernité artistique, n'a pas la présence du théâtre. Seulement pendant la décennie suivante Oswald de Andrade (1890-1954), l'un des leaders de la Semaine, publie trois pièces de théâtre, parmi lesquelles, O Rei da Vela, qui devient en 1967 le manifeste du tropicalisme. A cette époque, on remarquait l'hégémonie de l'astre, représenté par Leopoldo Froes et ensuite par Procopio Ferreira. Seulement en 1943, avec la première de Vestido de Noiva, de Nelson Rodrigues (1912-1980), dirigée par Ziembinski, la scène brésilienne se modernise. Mais l'excellence du texte ne donne pas encore le départ à l'hégémonie de l'auteur, qui s'est transféré aux mains du metteur en scène.
Commençait, avec le groupe amateur de Rio de Janeiro Os Comediantes, la préoccupation avec l'unité stylistique du spectacle, continuée à partir de 1948 par le Teatro Brasileiro de Comédia, de São Paulo, qui a pris dans son giron de nombreux metteurs en scène étrangers, et avec les acteurs qui en sont sortis - Cia. Nydia-Sérgio Cardoso, Cia.Tonia-Celi-Autran, Teatro Cacilda Becker et Teatro dos Sete. Maria della Costa passe par lui, pendant qu"elle attend la construction de sa maison de spectacles, et adopte dans le Teatro Popular de Arte ses mêmes principes. L'éclectisme du répertoire de ces groupes provoque, à partir du succès de Eles não Usam Black-Tie, de Gianfrancesco Guarnieri, en 1958, un tournant dans la politique du Teatro de Arena de São Paulo, en inaugurant la phase de l'hégémonie de l'auteur brésilien ; bien que les sorties de A Moratoria, de Jorge Andrade (1922-1984), en 1955, et O Auto da Compadecida, de Ariano Suassuna (né en 1927), en 1956, entre autres, aient été antérieures à Eles não Usam Black Tie.
S'affirme un théâtre de résistance à la dictature, depuis les groupes plus engagés, comme Arena et Oficina de São Paulo, et Opinião, de Rio de Janeiro, jusqu'aux dramaturges comme Gianfrancesco Guarnieri, Augusto Boal, Dias Gomes, Oduvaldo Vianna Filho et Plinio Marcos. Des auteurs qui apprécient le véhicule de la comédie, comme João Bethencourt, Millôr Fernandes, Lauro César Muniz et Mario Prata suivent le même chemin. Enormément de pièces, dont le nombre n'est pas encore connu, ont connu l'interdiction.
Quand, dès l'ouverture politique, les textes interdits ont pu atteindre la scène, le public ne désirait pas remuer le couteau dans les plaies anciennes. Peut être pour cela, pendant que l'on attendait de nouvelles pièces, la scène a été remplie par le « besteirol » (« bêtisier »), bien que Mauro Rasi, l'un de ses principaux auteurs, se soit dirigé ensuite vers un plongeon autobiographique. A partir des années 70, Marie Adelaide Amaral se montre l'auteur à production plus constante, et avec les meilleurs résultats artistiques.
Avec la sortie de Macunaima, une transposition de la « rhapsodie » de Mario de Andrade, en 1978, Antunes Filho assume la création radicale du spectacle, inaugurant l'hégémonie des créateurs-metteurs en scène. La tendance a visé juste, en soulignant l'autonomie artistique du spectacle, et a suivi aussi quelques fausses routes, comme la réduction de la parole à un jeu d'images. Purgée de ses excès, cette ligne, de laquelle participent des noms comme Gerald Thomas, Ulysses Cruz, Aderbal Freire-Filho, Eduardo Tolentino de Araujo, Caca Rosset, Gabriel Vilella, Marcio Vianna, Moacyr Goes, Antônio Araujo, parmi d'autres, atteint aujourd'hui, un équilibre qui met en valeur toutes les composantes du théâtre.
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